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La réforme du mode de scrutin au Québec
Du constat d'échec à l'initiative citoyenne


La présentation de l’histoire récente de la réforme du mode de scrutin au Québec, l’histoire grosso modo des deux derniers mandats gouvernementaux, doit se faire dans l’optique d’un constat, celui de l’échec des initiatives de réforme par la voie institutionnelle classique. Cette voie est fondée sur une réalité juridique, celle qui attribue le pouvoir de changer la loi électorale, et en conséquence le mode de scrutin, au Parlement du Québec. Ce pouvoir est directement remis en cause par une approche d’Assemblée citoyenne. La raison de cette remise en cause, c’est que, indéniablement, les partis politiques et les députés élus sont en conflit d’intérêt sur la question du mode de scrutin. Cette brève histoire de la question de la réforme du mode de scrutin au Québec vise donc à illustrer les aléas, les formes et les manières concrètes, historiquement fondées, par lesquelles la réforme a été biaisée, confisquée et retardée par le politique au détriment de la volonté citoyenne. Il s’agit donc d’une perspective volontairement axée vers un objectif : démontrer que l’échec des moyens traditionnels de réforme doit mener à leur préférer un processus citoyen.

Une initiative résolument citoyenne


L’histoire commence, avec la création du Mouvement pour une démocratie nouvelle (MDN) en 2001. Il y avait eu d’autres initiatives pour réformer le mode de scrutin au Québec, datant de l’époque de René Lévesque, mais, c’est le MDN, qui a plus récemment mis la question à l’ordre du jour politique au Québec. L’une des premières actions conséquentes du MDN a été de déposer, le 13 novembre 2001, une pétition signée par 125 « personnalités » québécoises. Cette pétition réclamait la mise sur pied d’une « commission pour consulter les citoyennes et les citoyens au sujet de l'actuel mode de scrutin québécois. » (1). Le 19 décembre 2001, l’Assemblée nationale s’engage « à tenir une consultation publique itinérante au sujet de l'actuel mode de scrutin québécois. » (2). Un mandat d’initiative est donné à la Commission des institutions pour mener cette consultation. Cette commission donnera lieu à une première consultation, sous régime péquiste, mais d’initiative parlementaire, sur la question du mode de scrutin. Quelques 139 mémoires ont été soumis à la commission, rien n’a été fait.

Sous la même législature, mais cette fois-ci avec une initiative gouvernementale, seront lancés les États généraux sur la réforme des institutions démocratiques. Cette initiative, couvrant plus large que la question du mode de scrutin, en viendra cependant à la conclusion qu’il s’agit là du dossier central. Le Comité directeur des États généraux déposera son rapport et mettra en première recommandation la réforme du mode de scrutin au Québec. Encore une fois, 237 mémoires auront été soumis au dit comité, lui-même constitué de membres nommés par le gouvernement, mais sans conséquence.

Deux cris d’alarme…

Au moment des élections, le PLQ s’engage à réformer le mode de scrutin, par la voix de son chef, mais aussi de la grande majorité de ses députés, en répondant à la requête électorale du MDN qui demande aux candidats de se positionner sur la question. Bernard Landry affirme aussi qu’il intégrera des « éléments de proportionnalité » au mode de scrutin s’il est élu. Avec l’élection du PLQ en avril 2003, le MDN se réjouit de l’annonce dans le discours d’ouverture de Jean Charest de l’engagement du gouvernement libéral de réformer le mode de scrutin dans un délai de deux ans : « Notre attachement aux principes démocratiques nous amènera par ailleurs à présenter, au printemps 2004, un projet global de réforme des institutions démocratiques. Nous modifierons notamment le mode de scrutin afin que la distribution des sièges dans cette Assemblée reflète plus fidèlement les suffrages exprimés. » (3)

Évidemment, rien n’est fait à temps, mais il y a tout de même dépôt d’un avant-projet de loi électorale le 15 décembre 2004, oeuvre du conseiller Massicotte, qui propose un scrutin mixte à compensation régionale avec un vote unique (4). Le scrutin proposé abuse du terme proportionnel. C’est en effet un scrutin semi-proportionnel qui aurait pour conséquence de maintenir les formations minoritaires dans la marge institutionnelle, en en faisant des formations représentées, mais sous-représentées. Ici, c’est le premier cri d’alarme, le premier constat que la réforme pourrait mal virer, et se transformer en tricotage, à vrai dire, massicottage de mode de scrutin au profit et dans l’intérêt du parti au pouvoir.

Ce constat, un pressentiment, se fait plus fort avec le refus du gouvernement de tenir compte de consultations sur son avant-projet de loi. En réponse à la requête du mouvement de réforme qui réclamait une commission mixte paritaire députés-citoyens, un Comité citoyen avait été créé pour épauler la Commission spéciale sur la loi électorale du Parlement. Ce premier comité sera cependant sans pouvoir effectif, autre que celui d’émettre ses recommandations sous forme de rapport. Néanmoins, ce rapport rejette le modèle de compensation régionale à vote unique pour y préférer une compensation nationale avec redistribution régionale des sièges compensatoires et l’utilisation de deux votes. Cette proposition s'inscrit en droite ligne avec les résultats de la consultation. En effet, 79 % des intervenants rejettent la compensation régionale pour y préférer une compensation nationale et 96 % rejettent le vote unique pour y préférer le double vote (5). Le rapport du Comité citoyen, étrangement, se distinguera de celui de la Commission spéciale sur la loi électorale qui, lui, fera fi des opinions largement majoritaires exprimées par les « consultés ». Cette rupture confirme le pressentiment de massicottage, et l’intention libérale de procéder à sa manière et pour ses propres fins politiques. Il y a là un second cri d’alarme. La chanson se répète, des 369 mémoires déposés devant les comités susmentionnés, rien n’a été fait.

Cette consultation, cependant, il faut le rappeler, constitue une réplique citoyenne à une proposition gouvernementale sous forme d’avant-projet de loi. Il ne s’agissait donc pas réellement d’une consultation libre et ouverte. Le résultat fut que ceux qui réclamaient un scrutin régional à compensation nationale, par exemple, se sont généralement ralliés, sous le parapluie du MDN, pour réclamer des modifications qui allaient dans le sens d’un scrutin plus proportionnel, notamment avec une compensation nationale et deux votes, garantissant par là la représentation des tiers partis présentement exclus, avec leur sympathisants et électeurs, de l’arène politique. Cette solution n’était cependant pas le premier choix de certains analystes et spécialistes de la question, comme Pierre Serré et Paul Cliche. Cependant, généralement, l’on s’entendait que le scrutin-Massicotte constituait une scrutin soit insuffisant du point de vue démocratique, soit dangereux pour la démocratie. Il risquait en effet de donner un fier coup de barre à droite en empêchant l’émergence institutionnelle d’une gauche et d’un souci écologique chez les Québécois, tout en affaiblissant comparativement le PQ par rapport au PLQ. La proposition Massicotte était, on ne peut plus, politique.

…et la goutte qui fait déborder le vase


Le PLQ, cependant, pour procéder à la réforme du mode de scrutin, devait y sacrifier son statut de « parti majoritaire », c’est-à-dire accepter qu’une troisième formation puisse émerger, et bousculer la donne politique. Cette troisième formation politique, elle, ne pouvait cependant qu’y voir du bien, car cela garantissait sa juste représentation, tout en déniant la juste représentation de la gauche non parlementaire au QS et au PVQ. Reste néanmoins, que le PLQ, décide, en fin de mandat, le 13 décembre 2006, de demander un avis au Directeur général des élections, dans un délai de six mois, alors que les élections s’en venaient au printemps. Les analystes parleront alors d’un enterrement en première classe, suivant là celle de la Commission des institutions sans suite, des États généraux sur la réforme des institutions démocratiques sans suite et de la Commission spéciale sur la loi électorale sourde aux intentions citoyennes.

C’est alors que trois appels simultanés pour réformer le mode de scrutin par la voie citoyenne sortent dans les médias. Le 19 décembre 2006, peu après l’annonce du ministre responsable de la Réforme des institutions démocratiques, Paul Cliche, Jean-Pierre Charbonneau et David Litvak publient trois articles (6) remettant en cause l’entièreté du processus de réforme par la voie institutionnelle classique et lancent l’idée de créer une instance citoyenne pour réforme le mode de scrutin au Québec. La campagne pour une Assemblée citoyenne sur la réforme du mode de scrutin au Québec est lancée, elle, le 6 mars 2006.

Avec l’élection d’un gouvernement minoritaire et d’une nouvelle Opposition officielle en mars 2007, la campagne pour une Assemblée citoyenne y trouvera sans doute un terrain favorable pour porter l’idée d’Assemblée citoyenne sur la scène médiatique et politique québécoise.

(1) Mot du fondateur, site du MDN : http://www.democratie-nouvelle.qc.ca (section « Mot du fondateur ».)
(2) Ibid.
(3) Discours d’ouverture de la 37ème législature, site de l’Assemblée nationale du Québec : http://www.assnat.qc.ca/fra/37legislature1/Debats/journal/ch/030604.htm
(4) La méthode de répartition des sièges à la plus forte moyenne limite encore plus la représentation des formations politiques sous-représentées.
(5) Les recommandations de la Commission spéciale sur la loi électorale font fi de plusieurs consensus exprimés lors de la consultation (communiqué du MDN), site du MDN, section « Actualités ».
(6) Les trois articles figurent dans la section Liens et références du présent site.


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